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"L'industrie se déplace vers l'ouest de la France", selon l'ANCT

Au-delà d'une tendance générale à la désindustrialisation, l'appareil productif français a progressivement glissé des territoires du nord et de l'est vers l'ouest, analyse l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), dans une étude intitulée "Regards croisés sur les territoires industriels", publiée le 19 août 2020. Au moment du plan de relance, l'agence se penche sur les phénomènes de relocalisations et porte un point de vue novateur sur la politique publique des pôles de compétitivité. Elle propose de réaliser une évaluation en fonction des bienfaits des pôles sur le territoire et pas seulement basé sur leur performance. Un changement de pied par rapport à la logique qui a prévalu jusqu'ici.

Alors que le plan de relance, qui sera présenté jeudi 3 septembre, accordera une large place à la réindustrialisation, l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) revient sur cinquante ans de relations entre territoires et industries. Dans une étude intitulée "Regards croisés sur les territoires industriels", publiée le 19 août 2020, elle constate - au-delà d'une tendance générale à la désindustrialisation - un déplacement progressif de l'appareil productif des régions traditionnelles du nord et de l'est "vers l'ouest de la France".
L'étude identifie ainsi trois grands types de territoires industriels. L'un d'entre eux est constitué de 186 bassins "néo-industriels", qui ne figuraient pas parmi les bassins les plus industriels en 1975 mais le sont désormais. Ces territoires sont principalement situés à l'ouest, profitant du développement de nouveaux secteurs comme l'automobile, les matériels de transports, la fabrication d'équipements électriques, de produits en caoutchouc et en plastique, mais aussi de l'industrie agroalimentaire qui se déploie notamment en Bretagne et dans les Pays de la Loire à partir des années 1990. Dans ces bassins néo-industriels, l'industrie représente 26,7% de l'emploi total local contre 24,5% en 1975.

À l'inverse, à l'est et au nord de la France, des régions anciennement industrielles, deux groupe se dessinent : les territoires ex-industriels (186) qui comptaient parmi les plus industriels en 1975 mais dans lesquels aujourd'hui l'emploi industriel ne pèse plus que près de 15% (41% en 1975). Dans une majorité de ces territoires (53%) comme à Thionville (Moselle), Tarascon-sur-Ariège (Ariège) ou encore La Mûre (Isère), le déclin de l'emploi industriel engendre un recul de l'emploi total. L'emploi public joue le rôle d'amortisseur face aux difficultés économiques. D'autres se sont engagés dans de nouvelles voies de développement (textile/habillement, fonderie, construction mécanique) comme c'est le cas pour des métropoles comme Grenoble, Lyon et Lille, ou dans la croissance des services à la personne.

Enfin, un troisième groupe, comprenant 224 bassins, est composé de bassins "tradi-industriels". Également situés à l'est et au nord de la France, ces territoires étaient et restent marqués par le poids de l'industrie qui représente 29,4% de l'emploi local contre 50,5% en 1975. Ils témoignent d'une certaine capacité de résistance (l'emploi industriel y recule moins que ne l'indique leur structure sectorielle), et se réorientent progressivement vers d'autres moteurs économique serviciels, présentiels comme périproductifs. Parmi ces territoires : la vallée de l'Arve (Haute-Savoie), Oyonnax (Ain), Cholet (Maine-et-Loire), des bassins rhônalpins (Rumilly, Annonay) et alsaciens (Obernai, Haguenau).

Relocalisations

L'étude se penche aussi sur les phénomènes de délocalisations et relocalisations, un sujet remis sur la table avec la crise sanitaire du Covid-19, comme l'a encore dit le président de la République, vendredi 28 août, lors de sa visite dans les ateliers du laboratoire pharmaceutique Seqens à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine). "Les relocalisations jouent pour nous un rôle fondamental parce que c'est montrer qu'il n'y a pas de fatalité et c'est bâtir sur des secteurs d'avenir commun, en particulier le secteur pharmaceutique", a déclaré Emmanuel Macron. Le plan de relance de 100 milliards d'euros comportera "15 milliards pour l'innovation et les relocalisations et en particulier un milliard d'euros vraiment d'aides directes construites avec les industriels", a-t-il rappelé.

Aucun recensement officiel n'étant disponible, l'ANCT s'est servie des articles de presse pour réaliser une cartographie des relocalisations, constatant que "les territoires qui accueillent aujourd'hui les relocalisations sont les mêmes que ceux qui ont subi, cinquante ans plus tôt, les premiers départs d'entreprises". Il s'agit des anciennes régions industrielles, celles de tradition ancienne et mono-industrielle, parmi lesquelles les Hauts-de-France, le Grand Est et l'Auvergne-Rhône-Alpes. Mais "les retours de production pèsent encore globalement peu dans l'économie", insiste l'étude, et "la hausse sensible des intentions de relocalisation n'est pas avérée". Une étude réalisée en 2013 à la demande de la direction générale de la compétitivité de l'industrie et des services (DGCIS, devenue DGE) fait état de 107 entreprises ayant relocalisé leur activité entre 2010 et 2013, soit une vingtaine de cas par an. Le cabinet Trendéo estime que le nombre est moindre, dénombrant seulement 44 cas de relocalisations de production partielle entre 2009 et 2013, soit une dizaine par an, contre 267 cas de délocalisations. Pour l'ANCT, les déterminants de la réindustrialisation sont doubles : poser la question du devenir de l'activité industrielle en France et mettre en œuvre des politiques économiques favorisant une plus grande attractivité du "site France", une anticipation des mutations à venir et une plus grande solidarité entre les territoires.

Effets contreproductifs des pôles de compétitivité 

Enfin, l'ANCT relève les effets contreproductifs de la politique des pôles de compétitivité dont l'accompagnement dans la durée "a tendance à valoriser les champions nationaux au détriment des autres". Ainsi, les auteurs estiment que les évaluations successives à l'issue des différentes phases de la politique (2005-2008, 2009-2012, 2013-2018) ont comparé les pôles entre eux, faisant la différence entre les pôles mondiaux et/ou high-tech, classés parmi les plus performants, et les pôles nationaux et/ou low-tech, considérés comme moins performants. Cette classification gomme les disparités territoriales et ne favorise pas l'effet levier que les fonds publics peuvent avoir dans de nombreux territoires, notamment des territoires "ordinaires" que les collectivités avaient tendance à peu soutenir avant 2004, dans lesquels se trouvent des secteurs prépondérants en termes d'emploi. L'ANCT propose plutôt d'évaluer la réussite des pôles en fonction de leur valeur ajoutée par rapport à une situation préexistante, en prenant ainsi en compte les autres effets des pôles : la production de liens, d'interconnexions, d'interactions entre les acteurs publics et privés, de la recherche et de l'industrie, de l'action étatique et de l'action régionale. "Des nouvelles méthodes pourraient être déployées pour analyser la valeur ajoutée des pôles dans leurs contextes sectoriels et territoriaux", conclut l'ANCT. 

 

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